Annales2006 - N’avons-nous de devoirs qu’envers autrui ? L'analyse Le devoir dĂ©signe l’obligation morale qui s’impose Ă  un individu lorsqu’il agit. Cette obligation morale l’assigne Ă  un devoir-ĂȘtre, c’est-Ă -dire l’enjoint Ă  agir selon une fin qui ne dĂ©pend pas de son bon vouloir mais s’impose Ă  sa volontĂ©. Lintention de ce texte est de montrer comment il fonde cette responsabilitĂ© dans une thĂ©orie libĂ©rale des devoirs. La premiĂšre partie expose l’argumentation par laquelle Goodin Ă©tablit que la teneur normative des devoirs moraux ne rĂ©side pas dans la volontĂ©, mais dans la vulnĂ©rabilitĂ© des personnes. La deuxiĂšme partie prĂ©sente les grandes lignes de son Principe de protection 1Nous n’avons de devoir qu’envers autrui. Parce qu’il pose des interdits et des prescriptions, le devoir fixe des limites Ă  nos actions. Mais oĂč fixer la Vay Tiền Nhanh. N’avons-nous de devoir qu’envers autrui ? Introduction Avoir des devoirs » est une expression courante qui implique la prĂ©sence d’un sujet Ă  l’égard duquel nous sommes engagĂ©s. Il est frĂ©quent de penser que nos obligations ont pour destinataire autrui, notre semblable. Cette idĂ©e commune est sensĂ©e. La vie sociale implique des relations qui ne peuvent fonctionner qu’à la condition d’ĂȘtreorganisĂ©es par des lois et intĂ©riorisĂ©es par chacun sous la forme de devoirs. Être honnĂȘte, ĂȘtre respectueux, sont des valeurs reconnues pour justes. Est-ce lĂ  la totalitĂ© de nos devoirs ? Nous parlon aussi de devoirs envers Dieu, l’Etat, et parfois mĂȘme les animaux et la nature. Y a-t-il un caractĂšre commun Ă  ces divers exemples ? Enfin, le devoir semble avoir une valeur rĂ©flexive au sens oĂč ils’adresse aussi Ă  nousmĂȘmes. Ce point peut paraĂźtre curieux car il signifie que nous nous devons quelque chose. N’est-ce pas abusif et dangereux pour notre libertĂ© ? Pouvons-nous cependant sĂ©parer autrui de ce que nous sommes, si l’autrui est l’ autre moi » ? 1. Aux sources du devoir a La dette Devoir » vient du verbe latin debere qui signifie avoir une dette ». Dans ses Ă©tudes sur le droitancien, Louis Gernet nous apprends que le devoir, debitum, dĂ©signait la satisfaction que le dĂ©biteur Ă©tait tenu de fournir Ă  son crĂ©ancier. Avoir des devoirs serait donc ĂȘtre endettĂ©, et faire son devoir, honorer sa dette. Lorsque je suis redevable Ă  quelqu’un, il dispose ainsi d’un droit sur moi, et je suis son obligĂ©. L’obligation est la marque d’une dĂ©pendance reconnue. Je suis tenu de fairequelque chose envers une autre personne, Ă©tant donnĂ© une situation antĂ©rieure. Gernet indique aussi que c’est le premier sens de l’engagement. Si l’époque moderne nous a habituĂ© Ă  le concevoir, avec Sartre, comme l’action d’une libertĂ© qui dĂ©cide souverainement d’orienter son existence, il faut savoir qu’à l’origine, ce terme dĂ©signait l’état de celui qui doit acquitter le prix de sa dette. Ilarrivait mĂȘme que l’on fĂ»t rĂ©duit Ă  l’esclavage faute de n’avoir pu payer ce que l’on devait. On engageait jusqu’à sa libertĂ©. b Obligation et contrainte Ce passage par les sources archaĂŻques du devoir peut d’abord expliquer que l’opinion confonde si souvent l’obligation et la contrainte. Le cas de l’esclavage est assez parlant. Il importe cependant de faire des distinctions conceptuelles. Lacontrainte dĂ©signe l’action d’une force non reconnue par notre volontĂ©. Rousseau, dans le Contrat social, l’illustre par l’exemple d’un brigand me menaçant de son pistolet. Si je lui cĂšde en lui donnant mon argent, les mobiles de mon acte seront la crainte et la prudence. Ce ne sera donc pas un devoir. Rousseau distingue aussi nettement deux façons d’obĂ©ir. L’obligation est une maniĂšre d’obĂ©ir fondĂ©esur le sentiment que la chose doit ĂȘtre faite parce qu’elle est juste. Je me sens en conscience » tenu d’accomplir ce qui est demandĂ©. Nous retrouvons l’idĂ©e d’un dĂ» Ă  acquitter. Par exemple, aller voir un parent ĂągĂ© est devenu dĂ©sagrĂ©able, mais aussi un devoir. Nous savons que nous lui devons cette visite compte tenu de ce qu’il a fait pour nous autrefois. Que cela ne nous plaise pas n’est pasune raison suffisante pour assimiler cette obligation Ă  la menace d’un malfaiteur ou d’un plus fort qui nous intimide. Le devoir n’a pas pour fondement l’agrĂ©able mais le bien. Ces points sont fondamentaux car ils expliquent pourquoi on parle de devoirs civiquesou religieux. Un croyant pense tenir sa vie de Dieu. Il est donc juste qu’il l’honore et obĂ©isse Ă  ses commandements. Un citoyen est lemembre d’un Etat qui lui assure ses droits. Il doit donc respecter ses lois. [ Transition ] Nous avons distinguĂ© la contrainte de l’obligation, mais pourquoi donnĂ© une place particuliĂšre Ă  autrui ? 2. Quel visage pour autrui ? a L’associĂ© Il est temps de prĂ©ciser la figure d’autrui. Nous avons dit qu’il s’agit du semblable. Cette figure unit les dĂ©terminations du mĂȘme et de l’autre. Autrui
 -Dissertation pour le 18/12 N'avons-nous de devoirs qu'envers autrui ?- Si nous nous en tenons aux faits, on peut douter d'une conscience moral, car on se heurte a la mĂ©chancetĂ© humaine. Pour vivre ensemble les hommes ont besoins d'une morale, et donc de devoirs. Mais l'homme ne fait ses devoirs que par intĂ©rĂȘts. D'aprĂšs Kant, il est possible d'accomplir son devoir, pour cela il faut distinguer l'ĂȘtre te le devoir ĂȘtre. Le devoir est un impĂ©ratif catĂ©gorique qui impose Ă  l'homme d'accomplir ce qui est prescrit en vertu d'une obligation qui peut-ĂȘtre religieuse, Ă©thique, sociale, etc .... Faire son devoir c'est ĂȘtre libre. N'avons-nous de devoirs qu'envers autrui ? Nous verrons tout d'abord, les devoirs que nous avons pour nous mĂȘme, puis les devoirs que nous avons envers autrui et enfin nous verrons les devoirs que nous avons envers la sociĂ©tĂ©. I-Devoirs envers nous mĂȘme L'homme est libre, il s'appartient donc. Mais il a quand mĂȘme des devoirs envers lui-mĂȘme. Ce n'est pas parce que l'homme est libre qu'il a tout pouvoir sur lui. Il ne peut dĂ©grader ni sa libertĂ© ni son intelligence. Soumettre la libertĂ© a la passion au lieu de l'accroitre avec le devoir, c'est compromettre ce qui mĂ©rite le respect. L'homme n'est pas une chose, il ne lui est donc pas permis de se traiter comme tel. Les devoirs envers moi-mĂȘme ne sont pas des devoirs envers moi en temps qu'individu, mais envers ce qui fait de moi une personne morale l'intelligence, la libertĂ©. L'individu est designer par toutes ses caractĂ©ristiques alors que la personne morale est reprĂ©sentative de l'humanitĂ©. L'homme peut donc laisser cour a ses gouts et a ses fantaisies, tant que le bien et le mal ne sont pas engager. Mais si un acte touche la personne morale, la libertĂ© est alors soumise Ă  la raison. Par exemple, si par caprice, ou par mĂ©lancolie, ou par tout autre motif, on se condamne Ă  une abstinence trop prolongĂ©e, si on s'impose des insomnies continues, si on renonce absolument Ă  tout pl... crĂ©er des dangers inutiles. La prudence est le gouvernement de la libertĂ© par la raison. Par exemple si on traverse une route sans regarder, on se crĂ©er un danger inutile, on met sa vie en danger et on est nĂ©gligent. La prudence aurait permis d’éviter ce danger. Nous avons le devoir de dire la vĂ©ritĂ©. Le mensonge est indigne, il faut donc ĂȘtre sincĂšre et franc. Le corps est liĂ© Ă  l’esprit. Il ne faut pas lui refuser tout ce qu’il demande ni assouvir toute ces demandes. Car c’est affaiblir l’esprit Ă  travers le corps. Par exemple donner une abondance de nourriture a son corps, peut compromettre la santĂ©. Et ce n’est donc pas se respecter. Mais il ne suffi pas de maintenir la personne morale, il faut l’amĂ©liorer. L’homme doit dĂ©velopper sa volontĂ© et s’exercĂ© constamment. C’est par l’éducation de lui- mĂȘme que l’homme est grand. L’homme doit donc se prĂ©occuper de son intelligence en prioritĂ©. Car c’est l’intelligence qui nous permet de discernĂ© le bien du mal, et la vĂ©ritĂ© du mensonge. On ne peut pas changer l’esprit qu’on a au dĂ©part mais on peut le fortifier, en l’exerçant. La paresse est nuisible a l’esprit il ne faut pas le laisser sans rien faire. Il faut aussi entrainer ca libertĂ©, en rĂ©sistant a ses tentations par exemple ou en ne fuyant pas aux luttes. C’est ce qui permet Ă  notre libertĂ© de grandir. Tant que l’homme conserve son intelligence et ses libertĂ©s, l’homme aura toujours la notion de bien et c’elle du devoir avec. L’homme a donc des devoirs envers lui-mĂȘme, mais ce ne sont pas les seuls devoirs qu’il a. II-Devoirs envers autrui L’homme dĂ©pend toujours des autres hommes. C’est pourquoi le premier devoir est de ne pas faire de mal aux autres. Plus gĂ©nĂ©ralement, les devoirs visent Ă  ce que chaque homme contribue autant qu’il le peut au bonheur d’autrui . Nous devons la vĂ©ritĂ© aux autres comme je me la dois Ă  moi-mĂȘme, car la vĂ©ritĂ© est la loi de la raison. La vĂ©ritĂ© est le bien propre de l’intelligence, et c’est donc un devoir de respecter le dĂ©veloppement de l’esprit, de ne pas arrĂȘter et mĂȘme de favoriser sa marche vers la vĂ©ritĂ©. Nous devons aussi respecter la libertĂ© d’autrui. Je n’ai pas le droit d’empĂȘcher l’autre de faire une faute. La libertĂ© est si sainte que, mĂȘme lorsqu’elle s’éloigne du bon chemin, elle mĂ©rite encore d’ĂȘtre prĂ©servĂ©e. Nous devons respecter les affections des autres. Et de toutes les affections il n’y en a pas de plus saintes que celles de la famille. L’amour des hommes est quelque chose de bien gĂ©nĂ©ral. La famille, c’est presque encore l’individu et ce n’est pas seulement l’individu elle ne nous demande que d’aimer autant que nous-mĂȘmes ce qui est presque nous-mĂȘmes. Elle attache les uns aux autres par des liens doux et puissants, le pĂšre, la mĂšre, le frĂšre, la sƓur. Elle donne Ă  ceux-ci un secours assurĂ© dans l’amour de ses parents, Ă  ceux-lĂ  un espoir, une joie, une vie nouvelle dans leurs enfants. Attenter au droit conjugal ou paternel, c’est attenter Ă  la personne dans ce qu’elle a de plus prĂ©cieux.. » L'analyse du professeur Le devoir dĂ©signe l’obligation morale qui s’impose Ă  un individu lorsqu’il agit. Cette obligation morale l’assigne Ă  un devoir-ĂȘtre, c’est-Ă -dire l’enjoint Ă  agir selon une fin qui ne dĂ©pend pas de son bon vouloir mais s’impose Ă  sa volontĂ©. RĂ©pondre Ă  la question de savoir si nous n’avons de devoirs qu’envers autrui revient alors Ă  poser la question gĂ©nĂ©rale de savoir comment se dĂ©finit le devoir, et Ă  la question plus particuliĂšre de comprendre quelle est la place d’autrui dans la dĂ©finition du devoir. Or il peut semble de prime abord absurde de n’envisager le devoir que comme un rapport Ă  autrui. En effet, on ne voit pas ce qui justifierait que l’obligation morale se borne Ă  la personne d’autrui, qui n’est qu’un Ă©lĂ©ment parmi d’autres dans le monde que nous avons Ă  vivre. Cette Ă©vidence se heurte toutefois Ă  une objection majeure, si l’on tĂąche de dĂ©finir un peu plus prĂ©cisĂ©ment la façon dont nous avons conscience du devoir. Si devoir il y a, il est en effet Ă©vident que la rĂšgle morale qui s’impose Ă  nous nous oblige vis-Ă -vis de ce qui n’est pas nous c’est d’ailleurs le sens littĂ©ral de ce que l’on doit ». Cette rĂšgle a donc pour propriĂ©tĂ© de limiter l’agir d’un individu en considĂ©ration du respect qu’il doit Ă  autre chose que lui-mĂȘme. En ce sens, le devoir se justifie parce qu’il entend limite l’intĂ©rĂȘt individuel pour protĂ©ger une chose aussi digne de valeur que cet intĂ©rĂȘt. Il faut donc que la chose soit au moins aussi respectable que l’individu Ă  qui s’impose le devoir. OĂč se trouve donc justifiĂ© le fait que le devoir n’est que devoir envers autrui, puisque seul autrui a une valeur comparable Ă  la mienne. Le problĂšme qui se pose alors est, plus fondamentalement, celui de savoir dans quelle mesure cette conception du devoir est authentiquement morale, puisqu’elle semble en fait purement utilitariste, en ne privilĂ©giant comme critĂšre de devoir que la valeur de chaque individu. ...

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